Pour terminer cette série d'articles consacrés aux oeuvres d'art présentant des chevaux et ou des cavalières amazones lors de cette semaine parisienne, un musée dont la visite ne peut qu'émouvoir.
D'abord, il y a le musée en tant que tel, la découverte d'un hôtel particulier du début du XXème dans ses moindres détails, cuisine, office, laverie, salle de bain... , il y a bien sûr aussi la richesse des collections qui y sont présentées, dont certaines oeuvres ont le cheval pour sujet principal.
La calèche, Horace Vernet, 1836
Plusieurs tableaux du début du XIXe siècle illustrent l’intérêt de la famille de Camondo pour la chasse et l’équitation.
Dans ce qui était le bureau de Nissim de Camondo, quatre huile sur toiles d'Alfred de Dreux, scènes de chasse à courre, où l'on peut voir des cavalières en amazone. (à chaque fois sur un cheval blanc)
Et puis il y a l'histoire, tragique.
http://www.lesartsdecoratifs.fr/francais/nissim-de-camondo/la-famille-de-camondo/la-genealogie/beatrice-de-camondo-paris-1894
Béatrice de Camondo, épouse Reinach , Paris 1894, Auschwitz 1945, et sa fille Fanny Reinach.
L’existence de Béatrice de Camondo, depuis son enfance, est dominée par une passion : l’équitation. Elle monte à cheval à la perfection, participe à des concours hippiques de haut niveau.
Le château d’Aumont, non loin de Senlis, que Moïse achète en juin 1904 est aussitôt rebaptisé Villa Béatrice. Dans cette propriété, qui porte son prénom, Béatrice va pouvoir s’adonner avec enthousiasme à l’équitation. Les Camondo ont une prédilection pour « la plus noble conquête de l’homme ». De Moïse, Pierre Assouline écrit : « Il lui eût été impossible de n’être pas un homme de cheval, étant naturellement entendu que le cheval n’était pas un animal, mais un monde et un langage. » . Le cheval est le dénominateur commun à tous les prédicats mondains qu’il met en avant dans les annuaires : turfiste, sportsman, clubman. L’aristocratie israélite, qui s’efforce de ressembler à la vieille noblesse d’épée du faubourg Saint-Germain (celle-ci profondément antisémite) met la chasse à courre au premier rang de ses activités mondaines. Les terres et les bois entourant la propriété d’Aumont, comme la forêt d'Halatte, vont être le lieu de parties de chasse auxquelles participera Béatrice, vêtue d’une robe foncée et coiffée d’un tricorne, puisque depuis 1885 « les femmes sont admises comme sociétaire dans cet équipage ». Elle fréquente le centre de l'Étrier à Neuilly, et dès 1907, devient sociétaire de l'équipage Par Monts et Vallons.
http://fr.wikipedia.org/wiki/B%C3%A9atrice_de_Camondo
En 1920, elle épouse Léon Reinach. Léon est musicien, il est un des fils de Théodore, célèbre helléniste et numismate, membre de l’Institut et propriétaire de la Villa Kérylos. Leur fille Fanny naît en 1920, ils vivent alors dans l’hôtel du 63, rue de Monceau. À la naissance de leur fils Bertrand en 1923, ils s’installent à Neuilly, Bd Maurice Barrès.
Lorsque la guerre éclate, Béatrice ne songe pas à s’éloigner et au mépris de toute prudence, continue de monter quotidiennement à cheval au bois de Boulogne et de participer à des concours hippiques. Elle est arrêtée en 1942 avec sa fille. Son mari et son fils, passés en zone libre, le sont simultanément. Tous sont incarcérés à Drancy. Pendant son long séjour à Drancy dont l’administration interne est confiée aux prisonniers, à partir de juillet 1943, Béatrice sera chargée pendant un moment du « service des nourrissons », tandis que Léon sera « chef d’escalier »...
Léon, Fanny et Bertrand sont déportés à Auschwitz le 20 novembre 1943 (convoi n° 62). Béatrice fera partie du convoi 69 qui part le 4 mars 1944.
Aucun d’entre eux ne reviendra.
Fanny Reinach
Les premières années de sa vie se passent chez son grand-père Moïse dans l’hôtel du 63, rue de Monceau où ses parents demeurent. A ce propos, elle aimait à dire qu’elle était née dans un musée…Elle habitera à Neuilly-sur-Seine à partir de 1924. Dès son enfance, sa mère l’initie à l’équitation, elle la suit pendant les chasses à courre et devient une cavalière émérite. La dernière photo d’elle la montre lors d’un concours hippique en août 1942. Elle sera arrêtée quelques mois plus tard et internée à Drancy avec ses parents et son frère. Elle est déportée à Auschwitz avec son père et son frère le 20 novembre 1943 par le convoi 62.
Dans le musée, l'on peut voir un bronze représentant Béatrice de Camondo, à cheval et en amazone, réalisé par Georges Malissard.
Dans la vidéo consacrée à l'histoire de la famille qui y est également présentée, on peut voir plusieurs photos de Béatrice de Camondo à cheval et en amazone, à la chasse comme au concours hippique, ainsi que de sa fille Fanny, jeune amazone montant fourches à droites, puis cavalière émérite de concours hippique.
Une seule chose à dire, si vous passez par là, allez visiter ce qui est plus qu'un musée....
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Kasimir Malevitch, Homme et cheval, 1933



















