Mardi 2 août 2011
2
02
/08
/Août
/2011
19:39
Ecuyers et écuyères: histoires des cirques d'Europe (1680-1891)
MATHILDE VIDAL
L'équitation de cirque comporte des exigences dont on doit tenir compte dans son appréciation. Elle s'adresse au public, c'est-à-dire à tout le monde, et se trouve par conséquent avoir pour juges
des spectateurs dont le plus grand nombre est absolument hors d'état de comprendre les difficultés, les finesses et le charme d'un véritable travail d'école. L'artiste se trouve forcément ici en
face d'une
double tâche assez épineuse: être applaudie d'abord, puis obtenir en même temps l'approbation de quelques rares adeptes d'une science dont les derniers errements passeront bientôt à l'état de
légendes. La première de ces conditions représente une nécessité absolue; la seconde une satisfaction intime dont on pourrait, à la rigueur, se passer. Son absence, cependant, répugne à l'artiste
assez intelligent pour avoir la conscience de sa valeur réelle et faire à part lui, des applaudissements qu'il est obligé de rechercher, le cas qu'ils méritent.
Pendant ces dernières années, une charmante femme, Mathilde Vidal, élève de M. Victor Franconi, s'est fait applaudir au Cirque d'Été.
Mathilde Vidal est née à Paris, pendant le siège; elle a donc vingt et un ans. Son père et sa mère appartiennent, comme écuyer et écuyère, aux deux cirques.
Sa mère, il y a vingt ans, avait la spécialité de monter les chevaux sauteurs ; elle faisait aussi sa partie dans les quadrilles et manœuvres que Baucher avait organisés au Cirque d'Été. C'est
ainsi qu'elle se fît applaudir dans le quadrille des Poissardes et dans la scène de Monte au ciel une grande pantomime équestre qui tint l'affiche pendant fort longtemps. Son père, qui sortait
des chasseursd'Afrique, comme sous-officier, débuta à l'hippodrome d'Arnault, qui était situé à l'Arc de triomphe. Après des débuts fort brillants, il entra au Cirque d'Été , où, depuis 1864, il
fit partie de la troupe de M. Franconi; et nous le voyons journellement dans les airs d'ensemble, le jeu de barres, le tandem, etc. Il a belle position à cheval, on voit qu'il a profité des
leçons que Baucher et Franconi lui ont données.
Mais revenons à Mathilde Vidal, qui est une belle personne de vingt et un ans, grande, mince, blonde. On peut dire qu'en nourrice, elle a commencé à monter. Vous vous rappelez tous la jolie
pantomime du Cirque d'Hiver, la Vie Parisienne. Au premier tableau paraissaient de jolies petites amazones, de brillants petits cavaliers. Mathilde avait six ans quand elle faisait son tour du
bois, dans la piste du cirque. Elle ne cessa pas de monter à cheval depuis, recevant les leçons et lesconseils de M. Franconi: à quinze ans, elle parut en public, elle débuta avec les chevaux
sauteurs.
Le 14 juillet 1887, le jour de la fête nationale, elle monta son premier cheval d'école. Brillant, pur-sang anglais. Depuis nous l'avons vue avec ses autres chevaux : Migel, Négro, Waterley, et
enfin le célèbre Mohamet, cheval d'école, coupant sa reprise par des bonds successifs, M"' Vida! était remarquable par son inébranlable assiette et son sang-froid; rien ne la déplaçait, rien ne
la déroutait; les bonds terminés, elle reprenait la suite de la reprise d'école.
Après avoir passe toute son enfance à Paris, Mathilde Vidal s'en alla en 1888, au Cirque Parisch, à Madrid; elle y fit un séjour de plusieurs mois, puis elle contracta un engagement avec le
Cirque Ciniselli, à Pétersbourg. En ce moment elle est à Vienne; c'est la plus jeune du métier, et ce n'est pas la moins pratiquante; elle fournira je ne dirai pas de beaux jours, mais de belles
soirées pour les cirques; certainement nous la verrons revenir à Paris avec le plus grand plaisir.
LE CHEVAL A PARIS DE 1850 a 1914