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Coup de projecteur sur cette troupe de théâtre équestre marseillaise hors du commun et ses deux acteurs principaux : Camille et Manolo.
Quelques vidéos que l'article récent de Betty m'a donné envie de vous faire partager!
Une utopie, une réalité : le mythe du Centaure,
ne faire qu'un avec sa monture..., le mélange des genres, dressage, cirque, théâtre, danse, cinéma...
Et quand on voit Manolo avec son frison, on ne sait plus si on est encore dans la réalité, oui, le Centaure existe, l'homme et le cheval ne font plus qu'un, tout paraît facile...poésie, magie, délicatesse...
Leur Macbeth m'avait enthousiasmée, les deux frisons se couchant l'un contre l'autre, Camille avec sa bougie,....et mention spéciale à Koko, le baudet du poitou si sympathique...
L'équipe de Macbeth
Compagnie : Théâtre du Centaure
Avec : Camille, Manolo, Jean-Noël François, David Mandineau, Jean-Marie Rase, Gaïa Rase, Aramaïa Rase, Brigitte Cecchini, Charlotte Grünspan, Frédéric Pécarrère, Cati Réau, Eric Rossi,
Nicolas Touache,
Et les chevaux Banquo, Bhima, Darwin, Diego, Graal, Laramis, Nuno, Manouchka, Queluz, Seyton, Yudishtir
Extraits du dossier de presse
Le Théâtre du Centaure : une utopie, une vie
Depuis sa création en 1989, le Théâtre du Centaure vit une aventure et une utopie : inventer un acteur surréaliste, le centaure.
Le Théâtre du Centaure est fondé en 1989 par Manolo, bientôt rejoint par Camille. La compagnie débute son
activité à Paris et en Saône-et-loire. En 1993, elle présente ses premiers spectacles dans le cadre des Fêtes d’Automne de la Ville de Paris. Un cadre de travail de recherches pratiques et
théoriques propres à l’acteur-centaure se constitue peu à peu grâce à la rencontre de comédiens, de musiciens et de chevaux.
En 1995, la compagnie s’installe en résidence au centre équestre de la ville de Marseille.
Décembre 1998 : La création des Bonnes de Jean Genet au Théâtre Toursky permet d’affirmer la radicalité des choix esthétiques et la pertinence du concept
de cet acteur mi-humain mi-animal. Les Bonnes partent ensuite en tournée à travers la France, accueillies par des théâtres et des festivals. Après dix ans de vie commune et de recherche acharnée, hommes et chevaux créent ensemble les Bonnes de Jean Genet avec
trois centaures dans un salon Louis XV. Présenté fin 1998 à Marseille, le spectacle sera en tournée aux quatre coins de la France dans de nombreux théâtres.
Aujourd'hui la reconnaissance de ce travail permet à la compagnie de développer sa recherche sur cet acteur mi-animal, mi-humain. Comme le musicien ou le danseur, l'acteur centaure se doit de
travailler tous les jours : les créations en sont le fruit.
Le Théâtre du Centaure n'a pas encore fini son voyage car il faut plus d'une vie pour tenter de réaliser l'utopie du centaure.
Entretien avec Camille et Manolo, par Joëlle Gayot
Donniez-vous au début de cette aventure cette définition du centaure que vous livrez aujourd'hui ?
Camille : La chose principale c'est que le centaure est et restera un acteur utopique. Ce mélange parfait de l'animal et de l'humain ne pourra jamais exister. Nous nous situons dans le
processus de recherche plus que dans la finalité. Nous menons, jour après jour, une quête nécessairement inaboutie, côtoyant le doute, et tant mieux finalement.
Camille : Chaque création est un petit aboutissement à l'intérieur de cette grande recherche. Le travail avec les chevaux exige beaucoup de soins, énormément d'attention, et donc de temps.
Donc le centaure, c'est un rêve d'acteur et Macbeth sera un rêve de théâtre ?
Manolo : La meilleure façon de faire du théâtre c'est de jouer comme quand on rêve. C'est une bonne définition, un rêve de théâtre.
Quand trouvez-vous le temps, en plus du travail quotidien avec les chevaux et du temps passé aussi à gagner leur confiance, d'apprendre un texte de théâtre ?
Camille : Ce qui explique cela, c'est que l'aventure a commencé depuis longtemps. J'ai rencontré Graal, le frison sur lequel vous m'avez vue tout à l'heure, dans un pré, alors qu'il avait
six mois. Il a aujourd'hui huit ans.
Manolo : Le plus important avec le centaure est qu'il s'agit d'un investissement sur le temps même de la vie. Et aussi d'un travail sur le vivant. Le plus vieux cheval, celui que j'ai
depuis les débuts, a vingt ans ; il pourrait partir en retraite. Mais il est en pleine santé, en pleine force, il adore le travail, il aime la scène, il a insisté et il a tenu à jouer dans
le Macbeth avec un comédien aux cheveux blancs.
Camille : C'est vrai que le travail est varié et constant. Il y a la part technique avec les chevaux, tous les jours, le travail des comédiens, le texte, la mise en scène, l'architecture,
la production, la diffusion. Cependant, pour réaliser tout cela, une quarantaine de personnes sont mobilisées autour de la création. C'est cette énergie commune qui permet de tenir nos enjeux.
C'est avant tout une aventure de compagnie. Mais tout se fait en harmonie, puisque la démarche profonde est un travail sur la fusion et le mélange des choses : quand on est à cheval, on est
en lien avec le texte, quand on est dans l'artistique, on pense à la production, quand on faisait la traduction, on pensait aux comédiens. Tout est toujours en lien.
Manolo : On ne veut pas travailler sur la séparation. On travaille sur l'union, la fusion, celle de l'humain et de l'animal dans le centaure. Mais aussi sur le masculin et le féminin. Notre
première création nous réunissait tous les deux autour du mythe de l'androgyne.
Le cheval permet une plus grande sincérité ?
Manolo : Plus que l'humain. Il a cette vérité d'une présence nécessairement juste, ni crispée ni relâchée. Il a une tonicité corporelle, une émotion à fleur de peau, une émotion vibrante,
une membrane émotive et cette membrane, qui porte le comédien, emporte aussi ses émotions. A cheval on est emporté par une force qui nous dépasse et c'est cela la finalité du travail du comédien,
être emporté par le personnage. C'est très difficile, avec lui, de tricher. Il y a une très grande déflagration de vérité qui est dans cet acteur.
Lors de la répétition de la scène de Camille avec Graal, j'ai pu observer que le texte était juste murmuré
par Camille mais il était décuplé par la présence du cheval. C'est cela la déflagration dont vous parlez ?
Camille : C'est une scène où Lady Macbeth devient folle. Elle a du mal à se supporter. Elle a du sang sur les mains, qu'elle lave comme si une tache était là, qui ne voulait pas partir.
Pour cette scène, on a choisi de mettre l'humain à pied pour marquer la schizophrénie de Lady Macbeth. Le cheval va lui lécher les mains, comme si elle le faisait, elle-même, pour que la tache
s'en aille.
Vous arrive-t-il de modifier une scène à cause du comportement du cheval ?
Manolo : On pense l'évolution du spectacle par rapport à l'état de vie, de maturité des gens qui le composent, donc bien sûr aussi des chevaux. C'est eux aussi qui ont pensé l'architecture.
On avait imaginé une forme scénique plus elliptique. Mais on s'est rendu compte qu'il fallait revenir au cercle parfait.
Pourquoi cette nécessité d'en revenir au rond parfait ?
Manolo : Nous sommes en quête de la fluidité, nous cherchons comment celle de la langue de Shakespeare rencontre celle du centaure. Notre acteur est un acteur de la fluidité.
Camille : De plus, on s'est aperçu que le jeune poulain sorti du ventre de sa mère trace un cercle autour de sa mère entre onze et treize mètres de diamètre, c'est troublant.
Revenons au texte : y a-t-il un caractère diabolique propre aux Macbeth, selon vous ?
Camille : Pour nous, ce sont de jeunes enfants fougueux, qui s'aiment à en mourir et qui sont prêts à tuer parce qu'ils s'aiment. Ils veulent tout, ils ont l'énergie du bonheur et de
l'amour. Ils veulent s'emparer du monde. C'est l'énergie de l'enfance. La seconde partie est plus adulte. Après le meurtre de Duncan, Macbeth devient dangereux et Lady Macbeth devient folle, elle
perd son enfance.
Manolo : Diaboliques ou non, notre travail n'est pas de les juger.
Le passage par Genet, avec les Bonnes, vous paraît-il cohérent, avant d'arriver à Shakespeare ?
Manolo : C'est important d'avoir derrière nous cette création des Bonnes, un travail sur l'usurpation par les chevaux des plateaux des théâtres et des scènes nationales. Ce qui compte, ce
n'est pas une création en soi, mais un processus de vie sur le long terme. Après, nous jouerons Racine, Brecht, Koltès, Eschyle ou Sophocle. Et, au fond, les seuls textes qu'on ne jouera pas sont
ceux qui auraient été écrits pour les chevaux. Il n'y a pas de cavalier sur un cheval mais un acteur centaure. Ce qui nous intéresse, c'est la capacité de « centaurisation ». Lorsque nous
regardons un cheval dans un pré, nous voyons s'il a tel ou tel comportement, telle ou telle énergie. Les chevaux comme les humains ont plus ou moins de présence. Ce que nous cherchons, ce sont
ceux qui sont capables d'être ici et maintenant et de rayonner.
Camille : Dans le Petit Prince, il y a une phrase du renard qui dit au petit prince : « L'essentiel est invisible pour les yeux, c'est le temps que tu as passé pour ta rose qui fait
ta rose si importante ».
Manolo : Dans cette compagnie, on a l'impression d'être des roses les uns pour les autres. Donner du temps à nos centaures fait de nos centaures l'essentiel.
Macbeth vu par le théâtre du centaure (vidéo)
Dans Cargo, leur nouvelle production, ils vont encore plus loin dans cette alchimie, les images filmées (en particulier Camille nageant avec son frison) sont magnifiques. On est ailleurs....
Au spectacle équestre des Crinières d'or d'Avignon
http://www.youtube.com/watch?v=etGDoyVa-KU&feature=related
Extrait de Cargo
le site du théâtre du Centaure
Un autre extrait, que je viens de découvrir :
Une représentation extraordinaire, sous forme d'un spectacle-randonnée pour le public, entre forêt, plage et dune, un fauteuil pour frison. ... merveilleux...
Et enfin, pour découvrir leur nouveau spectacle : Flux
une telle confiance et une telle complicité ... piou !